L’effort du projet de transformation de l’ancienne galerie Darthea Speyer en nouvelle galerie Lœvenbruck se contient dans l’épaisseur de sa nouvelle façade.
Sur le fil étroit de l’espace compressé entre la salle d’exposition et le trottoir, atelier du pont construit un dispositif architectural presque autonome par rapport à l’intérieur de la galerie et à la rue. Une sorte d’illusion de façade fabriquée à partir de verres clairs, réfléchissants ou tramés et d’inox miroir mis en œuvre de façon très raffinée. L’efficacité déroutante du procédé prête alors à la « vitrine » une profondeur qu’elle n’a pas et lui donne une apparence assez surprenante de mirage urbain.
Paradoxalement cette façade ne fait pas vitrine … Cependant, elle offre beaucoup plus : sur moins de dix centimètres de profondeur, elle rassemble l’espace intérieur de la galerie avec celui de la rue et les confond dans un précipité optique lumineux. Les œuvres échappent au simple rapport d’étalage car elles ne sont pas des marchandises ordinaires. L’intérieur (sol inox, plafond intégrant parfaitement les éclairages, banque d’accueil immaculée et garde-corps en vitrage collé) assure la mise en valeur des œuvres sans se faire remarquer. Notons que les projets qui n’ont pas su respecter ce principe ont toujours mal consommé leur relation avec les artistes …
(D’après P. Gazeau, architecte)