Atelier du pont - Anne-Cécile Comar, Philippe Croisier, Stéphane Pertusier

Mix-cité

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Compléxifier le réel

Invoquée pour pacifier la ville, la mixité est une vieille idée neuve qui donne lieu à des interprétations diverses.

Concept star de cette nouvelle décennie tant la mixité sociale sert de justification au renouvellement urbain, la mixité est aussi entourée d’un flou certain. À la notion de mixité sociale est souvent adjointe celle de mixité fonctionnelle, principe mis en avant pour critiquer les effets de spécialisation et de zonage fonctionnel de l’espace qui ont marqué les politiques d’aménagement urbain. A l‘inverse, tous les projets liés à la ville et plus précisément au logement sont aujourd’hui sous-tendus par la volonté d’encourager la mixité sous toutes ses formes. Chez Atelier du Pont, de Batignolles à Montreuil, de Saint-Ouen à Massy, logements en accession jouxtent des logements sociaux qui eux-mêmes sont voisins ou mitoyens de logements étudiants ou pour personnes âgées dépendantes ; Toutes les facettes d’une même société. Et pourtant, dans la réalité, les passerelles souhaitées donnent trop souvent lieux à des grillages fermés, des liaisons condamnées et des accès séparés, à l’exclusion de tout point de friction ou de rencontre, laissant seul le regard passer.

En matière de mixité, la marge de progression est grande. Un second pas sera franchi quand on acceptera de considérer la mixité au sein d’un même bâtiment : logements + bureaux, crèche + logement ? Ces projets, quand ils se concrétisent, donnent naissance à des hybrides à la silhouette intéressante et renouvellée qui augure de la ville de demain. Ils sont hélàs encore trop rares. Signalons à ce titre deux projets menés en association par Atelier du Pont. Jean Bocabeille, associé sur le projet de Batignolle, réalise un bâtiment entièrement épanelé. Son socle est dévolu non à de sempiternels commerces mais à un centre cultuel, dont l’émergence, si elle est interne à la structure du bâtiment, se lit sur ses facades. Une manière de spécifier le bâtiment. À Boulogne-Billancourt, sous la houlette du bureaux d’études Coteba, atelier du pont réalise actuellement le projet le plus follement mixte qu’il lui ait été donné de traiter : dehors et dessus de la ville, la peau et la chair, commerces et équipements, espaces publics et zones privatives, intérieur et façade. Le tout sous un amoncellement de 5000 logements. À n’en pas douter un bel exemple de projet anti-zoning que sa réhabilitation valorise dès lors qu’elle met en relief sa multipolarité. Brouiller les signes, complexifier le réel, voilà la tâche heureuse que l’on devrait assigner à la Mixité.


JPEG - 43.8 ko Quartier Lucien Rose - Rennes (35)

Double mixte au parc du Thabor à Rennes

Logements + biblio­thè­que / urba­nisme + pay­sage

Rennes c’est l’his­toire d’une valo­ri­sa­tion réci­pro­que entre inser­tion et radi­ca­lité, contem­po­rain et patri­mo­nial, urba­nisme doux et site pro­tégé, loge­ments et équipements. Par sa mixité de pro­gramme (loge­ments + biblio­thè­que) et ses partis archi­tec­tu­raux, le nouvel ensem­ble devient l’adju­vant d’une petite requa­li­fi­ca­tion urbaine, fai­sant bouger les lignes socio­lo­gi­ques d’un quar­tier cossu, le toni­fiant par des échanges entre archi­tec­ture et pay­sage, culture et nature, plein air et loge­ment, bien au-delà d’une sim­pliste « incar­tade » du loge­ment social dans un centre ville bour­geois. L’espace autour des bâti­ments est en effet rendu aux Rennais qui peu­vent désor­mais le tra­ver­ser de part en part. L’opé­ra­tion requa­li­fie les par­cours du quo­ti­dien. Son plan masse pay­sagé ouvert sur le parc cons­ti­tue une trame iden­ti­taire qui double la réflexion sur le bâti­ment d’une pro­po­si­tion sur la manière de croi­ser urba­nisme et pay­sage pour les fondre en dou­ceur.


JPEG - 51.7 ko Macro-lot ZAC Clichy-Batignolles Paris 17

Fantasme ou fantôme ?

La mixité, une for­mule à réin­ven­ter à Paris

Quartier des Batignolles, der­nier rouage d’une capi­tale qui se lance dans le 21e siècle avec des valeurs affir­mées haut et fort : qua­lité, dura­bi­lité, mixité. Dans cet îlot conçu par ate­lier du pont en asso­cia­tion avec [BP], la mixité est pro­gram­ma­ti­que (acces­sion, espace cultuel, Ehpad, loge­ments sociaux, com­mer­ces et par­king mutua­lisé), elle est géné­ra­tion­nelle (famil­les et per­son­nes âgées), et elle est sociale par l’éventail des loge­ments pro­po­sés. Mais ce qu’il faut saluer, c’est sa mixité « à la cage d’esca­lier ». Derrière cette expres­sion peu enchan­te­resse, un enjeu de taille : mixer les fonc­tions au sein d’un même bâti­ment, favo­ri­ser les hybri­da­tions, les croi­se­ments réels. Car la mixité à l’îlot atteint trop peu sou­vent ses objec­tifs de bras­sage social : les liai­sons but­tent sur des grilla­ges, les por­tillons fermés ne lais­sent passer que les regards, les accès sont trop sou­vent sépa­rés. Si le posi­tion­ne­ment de l’Ehapd en cœur d’îlot et la trian­gu­la­tion des par­cours bat­tent en brèche ces clô­tu­res de verre, c’est l’implan­ta­tion du centre cultu­rel dans un bas­tion de loge­ments qui fait de ce projet un exem­ple renou­vellé de mixité .... façon Haussmann. Et oui ! A l’époque déjà le Baron avait ins­ti­tué les pre­miers étages indus­trieux et les étages supé­rieurs habi­tés. La mixité : une vieille his­toire par­sienne.

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