Invoquée pour pacifier la ville, la mixité est une vieille idée neuve qui donne lieu à des interprétations diverses.
Concept star de cette nouvelle décennie tant la mixité sociale sert de justification au renouvellement urbain, la mixité est aussi entourée d’un flou certain. À la notion de mixité sociale est souvent adjointe celle de mixité fonctionnelle, principe mis en avant pour critiquer les effets de spécialisation et de zonage fonctionnel de l’espace qui ont marqué les politiques d’aménagement urbain. A l‘inverse, tous les projets liés à la ville et plus précisément au logement sont aujourd’hui sous-tendus par la volonté d’encourager la mixité sous toutes ses formes. Chez Atelier du Pont, de Batignolles à Montreuil, de Saint-Ouen à Massy, logements en accession jouxtent des logements sociaux qui eux-mêmes sont voisins ou mitoyens de logements étudiants ou pour personnes âgées dépendantes ; Toutes les facettes d’une même société. Et pourtant, dans la réalité, les passerelles souhaitées donnent trop souvent lieux à des grillages fermés, des liaisons condamnées et des accès séparés, à l’exclusion de tout point de friction ou de rencontre, laissant seul le regard passer.
En matière de mixité, la marge de progression est grande. Un second pas sera franchi quand on acceptera de considérer la mixité au sein d’un même bâtiment : logements + bureaux, crèche + logement ? Ces projets, quand ils se concrétisent, donnent naissance à des hybrides à la silhouette intéressante et renouvellée qui augure de la ville de demain. Ils sont hélàs encore trop rares. Signalons à ce titre deux projets menés en association par Atelier du Pont. Jean Bocabeille, associé sur le projet de Batignolle, réalise un bâtiment entièrement épanelé. Son socle est dévolu non à de sempiternels commerces mais à un centre cultuel, dont l’émergence, si elle est interne à la structure du bâtiment, se lit sur ses facades. Une manière de spécifier le bâtiment. À Boulogne-Billancourt, sous la houlette du bureaux d’études Coteba, atelier du pont réalise actuellement le projet le plus follement mixte qu’il lui ait été donné de traiter : dehors et dessus de la ville, la peau et la chair, commerces et équipements, espaces publics et zones privatives, intérieur et façade. Le tout sous un amoncellement de 5000 logements. À n’en pas douter un bel exemple de projet anti-zoning que sa réhabilitation valorise dès lors qu’elle met en relief sa multipolarité. Brouiller les signes, complexifier le réel, voilà la tâche heureuse que l’on devrait assigner à la Mixité.
Quartier Lucien Rose - Rennes (35)Logements + bibliothèque / urbanisme + paysage
Rennes c’est l’histoire d’une valorisation réciproque entre insertion et radicalité, contemporain et patrimonial, urbanisme doux et site protégé, logements et équipements. Par sa mixité de programme (logements + bibliothèque) et ses partis architecturaux, le nouvel ensemble devient l’adjuvant d’une petite requalification urbaine, faisant bouger les lignes sociologiques d’un quartier cossu, le tonifiant par des échanges entre architecture et paysage, culture et nature, plein air et logement, bien au-delà d’une simpliste « incartade » du logement social dans un centre ville bourgeois. L’espace autour des bâtiments est en effet rendu aux Rennais qui peuvent désormais le traverser de part en part. L’opération requalifie les parcours du quotidien. Son plan masse paysagé ouvert sur le parc constitue une trame identitaire qui double la réflexion sur le bâtiment d’une proposition sur la manière de croiser urbanisme et paysage pour les fondre en douceur.
Macro-lot ZAC Clichy-Batignolles Paris 17La mixité, une formule à réinventer à Paris
Quartier des Batignolles, dernier rouage d’une capitale qui se lance dans le 21e siècle avec des valeurs affirmées haut et fort : qualité, durabilité, mixité. Dans cet îlot conçu par atelier du pont en association avec [BP], la mixité est programmatique (accession, espace cultuel, Ehpad, logements sociaux, commerces et parking mutualisé), elle est générationnelle (familles et personnes âgées), et elle est sociale par l’éventail des logements proposés. Mais ce qu’il faut saluer, c’est sa mixité « à la cage d’escalier ». Derrière cette expression peu enchanteresse, un enjeu de taille : mixer les fonctions au sein d’un même bâtiment, favoriser les hybridations, les croisements réels. Car la mixité à l’îlot atteint trop peu souvent ses objectifs de brassage social : les liaisons buttent sur des grillages, les portillons fermés ne laissent passer que les regards, les accès sont trop souvent séparés. Si le positionnement de l’Ehapd en cœur d’îlot et la triangulation des parcours battent en brèche ces clôtures de verre, c’est l’implantation du centre culturel dans un bastion de logements qui fait de ce projet un exemple renouvellé de mixité .... façon Haussmann. Et oui ! A l’époque déjà le Baron avait institué les premiers étages industrieux et les étages supérieurs habités. La mixité : une vieille histoire parsienne.